01.01.2006
Madeleines de Proust et marrons glacés ...
Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.
Marcel Proust: Ala recherche du temps perdu. Du coté de chez Swann. 1913
Jeune enfant, j'avais été frappé par les Noëls d'antan où l'orange était le plus beau des cadeaux... A cette époque, pour moi, les vélos, poupées et patins à roulettes étaient déjà des cadeaux de choix, des cadeaux possibles...
J'avais à peine 10 ans et dans les années 50, déjà les marrons glacés de sucre fondant venaient régaler mon palais, quand maman, à qui ils étaient offerts, me faisait le plaisir d'en goûter un morceau.
Les années passèrent et les marrons glacés aussi, offrande délaissée par mon père, sucrerie gourmande oubliée par ma mère...
Mes premiers Noëls de jeunes mariés furent consacrés, comme de coûtume, à me monter en ménage, puis ce furent les enfants qui mobilisèrent les attentions de leurs grands parents, quand un jour, le poids, le format, l'emballage, me laissaient attendre une traditionnelle boite de chocolats...
Motta, c'étaient donc bien des chocolats, dans cette boite dorée ? Eh bé non, je démaillotais fébrilement mon premier marron glacé "d'adulte", et mes souvenirs très nets de cet instant, m'empèchent, sans mentir, de vous refaire le coup des madeleines de Proust... Je n'avais jamais oublié ces moments de profonde douceur, de suave onctuosité sucrée en croquant un demi marron, dont le sucre craquait sur la surface moelleuse du fruit pendant que les dents s'enfonçaient mollement dans son coeur.
Je n'avais pas oublié cette voluptuosité, et je revois depuis, à chaque Noël, les Noëls précédents, toujours plus nombreux toujours plus lointains. Conscient de ce plaisir intense, j'en jouïe égoïstement, enjolivant la dégustation par le café fumant...
Les marrons glacés ne me rappellent pas mes cadeaux de Noël, ils me rappellent mes Noëls, les ans qui passent, la vie quoi.
Cette note me fera pardonner, peut-être, mon égoïste jaloux, qui me pousse à cacher, comme des bijoux, mes marrons glacés, de la convoitise envieuse de mes enfants gourmands, et remercier, Blondine, ma maman, qui initia l'enchaînement de ces souvenirs festifs...
12:45 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note






Commentaires
les fameux marrons glacés...
Ecrit par : kant1 | 02.01.2006
Je vois que les marrons glacés produisent toujours l'effet escompté, je n'avais pu deviner le plaisir égoïste mais tellement important du rappel de nos noëls d'enfant......A l'année prochaine
Ecrit par : avan | 08.01.2006
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