02.04.2007
Journal d'Al' : Al' : 10/10 pour ce repas...
10/10, çà c'est une bonne note!
Une bonne note comme Triton aimait à en distribuer à ses élèves dont il ne tarissait pas d'éloges pour autant qu'ils étaient extraordinaires... Ceux qui, 15 ans plus tard, intégraient une grande école d'ingénieurs, l'ENA ou Sciences Po Paris... Ceux qui montaient une petite boite, ou ceux qui embrassaient (comme on disait alors) une carrière de fonctionnaire, dans l'éducation nationale ou les PTT... Ceux qui, moins doués pour le français et les maths, jouaient dans l'équipe de foot du Pecq, ou aidaient le soir venu leurs parents pour soigner les bêtes ou mettre en botte la récolte du jour vendue le lendemain au marché... Ceux là faisaient vivre la classe, animaient les échanges, tiraient le groupe vers le haut, du petit de 9 ans déjà en CM2 au grand échalas barbu qui préparait le Certif', et avaient souvent 10/10!
Al', aujourd'hui mérite facile, 10/10...
10/10 pour l'accueil, franc et immédiat agrémenté d'un sympathique sourire même si ses yeux brillants et sa bouche animée de mimiques encourageantes ne délivrait aucun mot audible ou compréhensible...
10/10 aussi, pour la "grande classe" de ses atours, pull jacquard et pantalon velours marron assorti.
10/10 pour son assiette nettoyée comme l'aquarium d'un "poisson suceur", de la pauvre sardine à l'huile ornée d'une feuille de salade...
10/10 enfin pour son merveilleux jeu de comédien, qui pendant un quart d'heure m'abusa au point que je ne m'aperçus pas qu'il n'avait aucun "écouteur"!
Lui même donne 10/10 au rôti de porc à la moutarde...
Triton, de nouveau équipé de ses deux oreillettes, attribua la note maximale à l'assiette abondamment garnie de carottes et petits pois frais, qui accompagnaient le porc à la moutarde, fort heureusement haché. Toujours pas un mot, mais des gestes, des mimiques, des expressions des yeux qui roulent, s'étonnent, une bouche qui acquiesce refuse, dénigre ou m'encourage à l'aider à finir la dernière bouchée ou, grande ouverte, attend que j'enfourne la fourchette préparée... Mais non, je ne fais pas manger mon papa, juste de temps en temps par un coup de pouce je relance la mécanique...
Le sucré et les filles restent ses préférés...
Un yaourt, une poire Williams, mure à point comme il les aime, et pour terminer la bise à Morgan, sa petite fille venue le saluer avant de m'arracher à Triton... (responsabilités parentales obligent).
Une résidente qui passait par là, lâche à sa petite fille:
"Pour les bises des filles, il est toujours prêt!"
Voilà deux heures passées en bonne compagnie, un bon moment partagé, et la certitude que Triton, en pleine forme, nous mettra 10/10!
17:15 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
19.03.2007
Journal d'Al':"Au cul la vieille, c'est l'printemps!"
Al' refait parler de lui!
Pour çà, il est tout ragaillardi par ce premier jour de printemps.
Pourtant le temps est fou, et la neige qui tombe dehors et qu'il observe par la vitre n'étonne même pas son esprit cartésien de vieil instit' issu de l'Ecole Normale de Versailles! Je ne suis pas certain qu'il repère les anomalies d'une météo, "avec des températures inférieures aux normales saisonnières"comme nous rabâchent quotidiennement les présentateurs de la météo!
Mais, de là à se "mettre en chasse" pour respecter le vieux dicton qui rapproche la montée de la sève dans les arbres de celle du désir charnel, y'a un pas que Triton ne franchit pas... Ou plus ? En tout cas, vous n'en saurez pas plus!
Alors pourquoi ce titre provocateur, macho, vulgaire ?
Simplement pour battre le tambour de mes assidus lecteurs du journal d'Al'. Je justifierai plus tard ce long silence blogueur, essayant de rattraper le temps passé en évoquant les nouvelles auxquelles vous avez échappées, du moins celles qui me tiennent à coeur et que je ne pourrai jamais plus développer, faute de temps...
Hé mec, laisse tomber le printemps et parle nous d'Al'...
D'accord, mais attention, j'vais pas vous livrer un bulletin de santé, ni raconter sa chemise verte, ou sa prothèse auditive qu'il enlève pour se gratter l'oreille. Non, j'vous avais promis de vous raconter ses exploits, les bons moments de la vie d'un malade d'Alzheimer, si tant est qu'il peut y en avoir, en tout cas ceux que l'on vit avec lui, car la maladie, Al', lui, il en n'a pas conscience, cela ne le choque pas qu'il ne se souvienne pas qu'il a deux enfants et que je dois continuellement lui rappeler mon prénom... D'ailleurs continuellement, pour lui çà veut rien dire... Faut vous mettre çà dans la tête, Al' ( et peut-être tous les malades d'Alzheimer en général bien que les manifestations de la maladie soient très différentes suivant les cas) n'a pas du tout conscience de ces symptômes et lui expliquer qu'il est malade ne sert à rien. Un, il se sent en pleine forme, deux, trois minutes après il aura oublié!
Alors, ce repas de midi?
C'était super!
Un accueil souriant, chaleureux, Triton m'a claqué un "bec" en me disant "salut mon fils" et surtout en me faisant un clin d'oeil complice comme pour me dire:" Tu viens manger avec moi, ben on va s'régaler tous les deux!"
D'accord il l'a pas dit, mais j'l'ai entendu comme çà! Alors pour passer l'temps en attendant l'entrée, comme y'avait pas de menu, on s'est amusé à annoncer ce qu'on avait envie... Pour Triton, côtelette ou beefsteack.
"Ok 'pa, et avec çà, tu veux quoi, comme légumes?
- une côtelette, avec..." Un peu embarrassé par la question il hésite longuement pour finalement me sortir: -"avec des bricoles..." Et devant mon insistance à le questionner...
-Des bricoles... Des choses... Régulièrement...."
Bon sang, quelle conversation! Y'avait longtemps qu'il n'avait pas autant développé. Finalement le menu arrive sur la table et, comme à l'accoutumée nous en faisons une lecture commentée...
La salade verte en entrée...
La salade hachée menue-menue, par un long travail de cisaillement du couteau contre la fourchette, il n'en laissera pas un millimètre carré!
Le sauté de porc aux pruneaux avec la polenta, il trouve les pruneaux très sucrés et s'empiffrera, le mot n'est pas trop fort, une portion d'adolescent affamé! Une seconde un doute le taraude:
"Et si c'était du veau?"
Ben voyons...
Après çà, il sera plus difficile de nettoyer le yaourt et la crème à la vanille, même s'il adore le sucré... Peu importe, Al' mange avec plaisir , avec appétit, en commentant et discutant constamment... D'ailleurs moi, faut que j'fasse gaffe, les adverbes c'est pour papa... Amicalement, gentiment, régulièrement...
"Régulièrement pour le yaourt, amicalement pour la crème à la vanille..." Me lance-t-il d'un coup!
C'est vrai, les yaourts, c'est plutôt à chaque repas, régulièrement, et la crème à la vanille, il adore...
18:05 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Journal, maladie
17.01.2007
Journal d'Al' : Al', c'est lui ou moi ?
Y'a des fois, c'est drôle la vie...
Enfin, pas drôle, mais curieux, bizarre, surprenant, inquiétant.Tiens, déjà l'autre jour, avec cette photo et mon t-shirt, c'est pas vraiment naturel, c'est même qasi du surnaturel...
J'perds la boule des fois que j'me dis... Cool, mec, çà va revenir, t'affole pas, dieu n'existe pas, tout est rationnel ici bas...
N'empêche...
N'empêche qu'avec ce journal d'Al', que je rédige depuis plus d'un an, çà fait un bail que je cotoie Triton... Normal, c'est mon père!
Aïe, c'est mon père, mais c'est pas grave, la maladie d'Alzheimer, c'est pas génétique çà... Enfin, je crois ?
Et voilà t'y pas que j'mappelle Al', moi aussi, maintenant!
Je rêve, j'hallucine, je délire... Je suis fou... Non sénile, pour le coup ce s'rait précoce...
C'est pas vrai, des papiers officiels, un certificat de naissance de ma propre fille, de mon ainée, qui indiquent de façon irréfutable que mon troisième prénom est Al !
C'est pas une blague, même qu'il faut que j'aille réclamer auprès du Procureur de la république du tribunal civil de Grenoble pour effacer la coquille...
Parce que c'est bien une coquille, hein?
Faut que j'demande à papa... Zut, il ne s'en souvient plus, il a la maladie d'Alzheimer... Mais comment faire ? C'est un véritable cauchemar...
Pourvu que le Procureur me croit sur parole... Je lui ai bien fait parvenir un papier officiel qui me vient de mes parents, dactylographié, avec le timbre et tout...
Mais c'est si vieux, 1965, le siècle passé...
Bon, je vous l'dit, je le crie, Al', c'est lui, c'est mon petit papa, c'est Triton, c'est votre instit' de Montigny les Cormeilles, le directeur de la colo de Saint Germain en Laye, à Portbail, c'est le demi-gauche de l'équipe de foot des anciens de l'US Vésinet, c'est le conseiller municipal de Bruyères sur Oise, c'est pas moi, moi j'suis juste son fils, un peu sa mémoire, alors...
Si jamais Al' c'est moi aussi, on est foutu, foutu!
Adieu le journal!
Faut vite que ma soeur, la fille d'Al', Aline, non, Ani, mette à jour l'arbre généalogique et vérifie tous les prénoms noms et adresses, nom de nom!
Bou, çà fait froid dans l'dos, tout çà, j'vais boire un canon pour me remettre...
Pas de blague, j'vous tiens au courant...
Cà y'est, j'suis moi !
Merci Monsieur le Greffier du Service Civil du Parquet du Tribunal de Grande Instance de Grenoble....
"Votre demande de rectification a été enregistrée et traitée."
Ouf!
C'est con les papiers quand même... J'imagine pour certains, les Rachid, Amhed, Berowsovhkhy et autre N'baye Kalifa, quel parcours du combattant de l'absurde cela doit être!
16:30 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Blog, blague.
15.01.2007
journal d'Al' : Triton, un sacré carafon!
Grêve à l'Education Nationale le 15/01/2007!
Le problème avec les malades d'Alzheimzer, c'est que, parfois ils se mélangent un peu les pinceaux entre le jour, la nuit, les heures, les années et les dates... Y'avait grêve le 18 décembre, on prévoit de transformer l'essai le 20 janvier, bref, on chôme pas avec De Robien! Quand c'est pas l'apprentissage de la lecture, c'est la grammaire, quand on parle plus de la grammaire, donc de lui, il balance 2 ou 3 exocets sur le thème des profs qui travaillent pas assez, de la bivalence que sais-je encore! Ah, çà, le ministre il doit aimer entendre crier son nom dans la rue! "De Robien démission!"
Bon d'accord, papa s'est trompé de date, il a encore le réflexe militant, mais plus le calendrier... Du coup, aujourd'hui il s'est mis en grêve.
A 12h15, il a débuté une grêve de la faim!
Aller Triton, que j'lui ai dit, laisse çà aux p'tits jeunes!
Peau de balle! Même moi-même, son fils préféré qu'il prend même parfois pour son propre père, il a pas voulu m'écouter... Impossible de le raisonner.
"Mange donc, tu adore çà!"
Aujourd'hui il adorait tout! Quelque soit le contenu de l'assiette je lui rappelais que c'était son plat préféré... Mais rien n'y faisait. Il a bien mangé 20 grammes de carottes râpées( il m'a même pas fait remarquer que y'en avait certainement qu'une de carotte puisque c'était au singulier!), puis s'est ravisé une grêve de la faim, c'est sérieux, même 20 grammes y faut pas les prendre!
Du coup, il a bu un demi verre de rouge, (çà on a le droit quand on fait une grêve de la faim, de l'eau c'est mieux mais de l'eau et du rouge, çà va aussi si y'a pas trop de vin!) et a boudé le super lapin à la moutarde accompagné de polenta, un classique du chef cuisinier de la "Résidence Bévières" . Même le dessert, yaourt et flan maison au chocolat, il n'ya pas touché!
Et moi qui n'arrêtais pas de lui parler, de le stimuler, de l'encourager, de le réveiller (il dormait assis!) de l'aider...
"Triton mange donc, çà te redonnera des forces..."
"Tiens goûte moi çà, ce flan est excellent!"
Et lui, de ne même pas me répondre!
Grêve de la faim et grêve de la parole aussi, qu'il faisait!
Pas un mot, pour un instit' c'est le comble!
Il me faisait des gestes, me montrant que tout ce que je lui disais il l'entendait, mais ne lui faisait ni chaud ni froid! Ou alors çà l'énervait, carrément excédé, il faisait mine de me donner un coup de poing, puis se ravisait gentil, quand je lui expliquais que j'étais son fils et que je venais pour manger avec lui, gentiment, calmement, amicalement et je lui servais cette ribambelle d'adverbes qu'il affectionne particulièrement... Alors il me faisait, sans l'ouvrir lui-même:
"Ferme ta boite à camembert, tu l'ouvriras pour le dessert!" comme on se disait dans la cour de récré, au siècle précédant! Vous vous rappelez, en ouvrant et serrant le pouce contre les autres doigts de la main, placés au dessus, à l'horizontale!
Finalement, j'ai craqué, le repas terminé, je l'ai remonté dans sa chambre pour faire une petite sieste... En me présentant à la porte de l'ascenceur, je croise la Directrice de la Résidence... Elle me raconte:
"Samedi, votre père, il était en super forme... Il m'a accompagné, en marchant à mon bras faire quelques visites au 3ème étage, on a pris le thé ensemble, puis tous deux, à pied, nous sommes redescendus." (en ascenceur je suppose?)
Ah ben çà! J'suis jaloux!
Heureusement, (enfin, j'en suis quand même marri,) quand Madame la Directrice s'est approchée de lui pour le flatter comme il aime d'habitude, en lui disant:" Bonjour Monsieur le Directeur! " Faisant allusion à la fin de sa carrière lorsqu'il était directeur d'école, elle s'est fait sèchement rembarrée! Elle qui est si gentille avec lui, il n'a pas craqué...
Tiens d'ailleurs eux aussi, les directeurs d'école, ils sont en grêve, en grêve administrative. Ils remplissent les documents mais ne les transmettent pas à l'autorité de tutelle comme on dit! Ils trouvent qu'ils sont mal payés pour ce qu'ils font! Ils exagèrent, 15 € d'indemnité mensuelle c'est ENORME! (En tout cas çà l'est pour De Robien!)
"Cochon, Triton, quel carafon!"
Mais comme j'suis pas rancunier, ( heureusement, la Direstrice non plus!) et que j'l'aime bien, mon papa Al', (pas la Directrice, je ne me le permettrai pas!) j'y retourne demain, manger avec lui! Et peut-être qu'il sera en pleine forme avec une faim de loup!
16:51 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : Journal, enseignement, grêve.
24.12.2006
journal d'Al': 92 ème Noël !
Cà s'annonçait plutôt mal...
Triton, assis à sa table ne nous attendait pas, il s'apprêtait à partager tranquillement son repas avec ses habituels camarades... Enfin je pense, car au moment de le retrouver il pionçait grave, affalé sur la table devant son assiette...
Ne nous reconnaissant pas, étonné de nous voir, sa fille et moi, nous avons toutes les peines à le convaincre de venir plutôt partager notre repas de Noël, spécial Vendredi 22 Décembre 2006 ! En fait, privé de ses prothèses auditives aux piles épuisées, il ne nous entendait pas du tout!
On remèdie à cet inconvénient, une polaire pour affronter le froid sec, un manteau, sa casquette, et on l'embarque alors, direction la maison... Pas contrariant le Triton, il accepte sans difficulté ce repas avec ses enfants, et se réjouit par avance des cadeaux promis...
Installé confortablement, le champagne lui fait pétiller les neurones...
Dès l'apéro, Champagne et allumettes au fromage, çà va mieux.
Les huitres le surprennent un peu, la coquille, peu accueillante et la chair, fraîche et visqueuse achèvent de le rebuter... Pourtant, l'an passé c'était plus d'une douzaine qu'il avait dans son assiette... Là au bout de 6, il faut passer à autre chose... Qu'à cela ne tiennne, on a de la réserve, et la tranche de foie gras lui rappelle certainement les sandwitchs au pâté qu'il s'enfilait à la fin des matchs de foot! Le canapé fond dans la bouche, on peut alors passer à la salade de riz au crabe.
Avec le riz, pas de problème, c'est du classique même si après ce début de repas copieux son estomac a bientôt fait l'plein!
Fromage, bûche glacée, café...
Pour digérer, rien de tel qu'une petite sieste...
Enfin, à quatre heures, le père Noël est passé. On ouvre les cadeaux avec frénésie, avidité et curiosité.
Du confortable pour passer l'hiver, un super pantalon de velours côtelé marron...
Du pratique pour se repèrer dans les grises journées d'hiver avec une horloge, grosse comme une méduse...
Du sucré pour les coups de blues, chocolats et... Chocolats!
Enfin de l'hygiènique pour garder un teint de bébé, (Vous connaissez la peau douce de Triton!) avec du savon extra pur garantie 72% d'huile, frabriqué à Marseille, intra muros!
Les papiers cadeau s'empilent, le bolduc s'emmêle, Triton sait plus trop où donner de la tête... Il est temps de faire un repli stratégique direction la Résidence Bévières où il retrouvera ses marques, ses ami(e)s, le personnel attentif et attentionné.
C'était une super fête, Triton a découvert les cadeaux qu'il nous faisait...
Une carte mémoire pour Ani, (le comble de la part d'Al', un "alzheimer" confirmé!), mais rien ne l'arrête et il nous plait de tourner en dérision cette terrible maladie...
Et pour moi, les carnets de voyages de Zao Wou-Ki avec de superbes aquarelles...
Bien sûr, nous avions nous même choisi, acheté et empaqueté nos cadeaux, mais la fête était complète... Il me signa même mon livre! Il s'y appliqua pendant plusieurs minutes pour un résultat somme toute assez médiocre, et il n'était pas très content de sa prestation...
Finalement nous garderons de ce Noël le merveilleux souvenir de l'exploit de Triton...
La montée des 16 marches vertigineuses de l'escalier en colimaçon...
Nous, les deux frangins, devant papa dans son fauteuil roulant de 15kg, au pied de l'escalier, nous nous demandions comment nous allions le monter... Un essai dans le fauteuil, trop lourd. En "chaise" sur nos mains solidarisées, Triton nous cramponnant par le cou, l'escalier était trop étroit ...
Alors Triton, très confiant et un peu cabot, nous montre du doigt ses cuisses de mouches et nous fait entendre qu'il veut monter l'escalier à pied!
Ben voyons, çà fait 3 mois qu'il se déplace en fauteuil roulant suite à une malencontreuse chute qui lui a presque cassé le fémur... Presque seulement du coup, pas de plâtre ni d'opération, pas de prothèse ni de remake de la fin de feue son épouse...Trois mois en fauteuil, et comme à Lourdes il veut se lever et marcher! Que dis-je! Se lever et grimper les escaliers!
Ben oui! Il l'a fait et nous, même dans notre optimisme le plus fou, ne l'avions même pas envisagé...
Ce n'est pas un miracle, seulement, à ce jour, le dernier exploit de Triton.
Alors, après, le repas, les cadeaux, la dédicace et les quelques mots échangés ont fait de ce Noël, le plus beau de l'année!
16:05 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : journal
30.11.2006
Journal d'Al' : Petites nouvelles ...
Al' est en pleine forme...
Enfin, c'est ce que parfois l'on peut dire, lorsque, pendant de courts moments, il rayonne. C'est son aisance à table pour découper sa tarte aux pommes et l'imprégner de yaourt avant de la mettre en bouche. C'est un bon mot qu'il sort à brûle-pourpoint après un long silence. C'est une remarque à la pertinence déconcertante à l'encontre d'un fait ou d'une personne qu'on avait pas forcément remarquée...
Triton, dit Al' est rajeuni de 10 ans...
Faut pas grand chose, une coupe de cheveux, un rasage de frais et hop, 10 ans de moins... Parce qu'il le vaut bien!
APlus jeune au repas, avec un bon coup de fourchette et quelques réactions à chaud sur son assiette vide quand il est servi en second, ou une appréciation mitigée sur la langue de boeuf hachée qu'il trouve moins bonne que ma part, en morceaux...
Instit' un jour, instit' toujours!
Cà c'est vrai! L'orthographe, le calcul, la lecture, l'écriture, Triton était champion... Formé à l'Ecole Normale d'Instituteurs de Versailles dans les années 30. Rigueur et discipline règnaient alors, et il ne fallait pas rentrer du sport du jeudi après midi avec 10 minutes de retard car alors on se retrouvait "collé" pour le week-end!
Et le réveil, à 6 heures pétantes en plein hiver (l'été c'était plus tôt!) pour nettoyer le dortoir, les couloirs et passer la paille de fer sur les marches en bois de l'escalier( une deuxième équipe les cirait!)! C'était pas le bagne mais la discipline était quasi militaire... Trois ans à ce régime, çà forge un homme! Cependant, c'est pas énorme par rapport à toute une vie...Ce qui semble l'avoir le plus marqué, ce fut sa scolarité au cours complémentaire de Beaumont sur Oise, avec des profs géniaux dont il me louait, trente ans plus tard, la richesse de leur rapport aux élèves... Ces sorties avec Dufourmantel dans la forêt du Lys, ces leçons de sciences naturelles, d'éducation physique, l'ont marquées à vie, lui donnant envie à son tour d'enseigner, d'offrir à ses élèves les moyens d'un épanouissement total... Tout çà sentait bon la méthode Freinet, et je me demande bien ce qu'il penserait des directives de notre ministre de Robien! Personnellement je vous en dirai deux mots quand mon irritation sera retombée... Cà fait un mois qu'il m'exaspère en n'existant que par ses provocations au sujets des méthodes alors qu'on ne lui demande que de donner aux enfants les moyens d'une bonne éducation... (moyens financiers, matériels, humains, la gestion pas la péda!)...
Je m'égare... Revenons-en à Triton qui, après s'être assoupi quelques secondes juste après les carottes râpées rouvre les yeux doucement et pose son regard sur le menu du jour qu'on avait déjà analysé plusieurs fois...
" Y'a une faute, là!
- Une faute? Où çà une faute?" demandais-je provocateur.
" Là, râpées, E(é)-E-S, les carottes, féminin, pluriel!" Ben voyons, c'est bien sûr! ...
Après cet éclair de lucidité, il eu encore quelques absences mais celà ne l'empêcha pas de s'envoyer toute sa tarte aux pommes (à la pâte feuilletée excellente) en la découpant en fines lamelles qu'il passait dans son yaourt aux cerises. La recette n'est pas très orthodoxe, mais pourquoi donc le contrarier... C'était peut-être très bon? En tout cas, à lui, çà lui a plu!
22:55 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Alzheimer, famille.
16.11.2006
Journal d'Al': Repas d'automne.
Le 16 novembre, repas d'automne?
Mais le 15 c'était déjà l'automne et le 17 ce sera encore la même saison! En fait je sais pourquoi c'était aujourd'hui le repas d'automne...
A cause du beaujolais nouveau! Pardi! Le beaujolais nouveau, à la place du traditionnel vin rouge de table, quelconque, puisque je le coupe en 3 ou 4 pour qu'il laisse à Triton la majeure partie de ses facultés. D'ailleurs j'aurais du m'en douter en voyant la déco dans un coin de la salle à mangersur fond de fresque gauguine... Automnale et viticole...
Un repas d'automne comme un réveillon de Noël!
Pour le 16 novembre, vous savez tout, c'est à cause du beaujolpif! Mais pour le côté automnal... Tout y était!
Salade gourmande...
Saûté de cerf grand veneur,
grâtin dauphinois.
Plateau de fromages.
Framboisier...
Beaujolais
café
La salade gourmande... Petite tranche de foie gras sur un lit de salade avec des copeaux de jambon cru de Bayonne...
Je me dis que j'ai bien fait de venir...
Le cerf grand veneur, un grand bonheur! Le gratin, classique, ou plutôt non, vue la quantité de crême, il devait pas être dauphinois !
Jusqu'au dernier pépin de framboise Triton a lèché l'assiette à dessert.
Au restaurant de la résidence Bévières, il y a toujours un petit café derrière...C'est pas la cantoche, c'est pas des fantoches. Les gens ne sont pas pressés, le personnel est disponible et se met en 4 pour satisfaire les vieux grincheux comme les timides discrets. Le repas est un moment privilégié, tout le monde est là pour aider les anciens en difficulté, couper une viande, mettre une serviette, redresser quelqu'un qui glisse de sa chaise.
Et le beaujolais nouveau ?
Heu... Ben... Bien... Rouge...J'aime pas donner dans le conventionnel... Tant pis j'me lâche!
En faisant tourner le breuvage dans son contenant, on ferme un oeil et là, on voit un rouge profond, sa robe pourpre veloutée s'accroche légèrement laissant deviner sous ses jupons légers des cuisses charnues alanguies sur le bord du verre.
Puis le nez y prend goût et s'enivre de ses odeurs, de fruits rouges, bien sûr! Cette année, je sais pas encore, il me semble que ce sera... framboise peut-être!
Long en bouche, il imprègne les papilles d'un goût de terroir, celui des gônes certainement. Rude et rèche...
Nouveau, 75 cl., cellier des gônes, 12°...
Il ne laisse pas de trace, sinon sur la nappe, où quelques gouttes donneront du fil à retordre à la lingère... Rien à la tête, même si on pourrait le croire en lisant ces lignes. Non je n'ai pas abusé, un verre seulement, une gorgée ou deux pour goûter et le reste coupé.
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A papa, il lui déliera la langue et lui donnera des forces pour qu'énergiquement il me repousse, quand, attentionné, je me propose de l'aider à engager une fourchette sous une pomme de terre récalcitrante.
Que d'la frime, il me rassure avec un clin d'oeil entendu...
19:55 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : beaujolais nouveau, journal.
11.11.2006
Journal d'Al: Un repas de grand standing!
La distinction naturelle de Triton...
Non, non, ce n'est pas de la démagogie, mais il avait une certaine classe déjà tout jeune (c'est normal d'avoir la classe pour un instituteur!), et cette distinction naturelle, alliée à sa "belle gueule d'ange", en faisait un "séducteur", au grand dam de Blondine, ma maman!
C'est vrai, je le vois cetainement un peu avec les yeux de l'amour, mais ce repas d'hier, tout simple, partagé avec Triton dans un coin de la salle à manger de la résidence m'a laissé une impression de grandeur... Ce n'était pourtant pas le menu, classique bien que délicieux comme toujours (vaut mieux, si l'on veut que les personnes agées mangent...), ni notre serveur noir avec sa veste blanche qui nous servait avec déférence et à qui nous répondions par une profusion de "merci Monsieur", comme dit papa, "amicalement, gentiment, régulièrement..." et j'ajouterai respectueusement.
Ce n'était pas non plus les mots ni les idées échangés, toujours rares les premières heures de nos retrouvailles...
Ses gestes...
Non, je crois que c'était, tout simplement, les gestes très appliqués que Triton faisait pour manger. Ses mouvements de fourchette qu'il tenait délicatement, qu'il faisait tourner pour l'utiliser côté pile ou côté face suivant la façon dont se présentaient les aliments, qu'il préparait en les écrasant minutieusement pour les avaler sans trop les mâcher (faute de dents) .Il préparait sa bouchée en regroupant les aliments en un petit paquet qu'il posait avec précaution sur le bout des dents de la fourchette, avant de prestement déposer le tout, directement, sur sa langue.
Des mains de pianistes!
Papa n'a jamais été pianiste, mais ses grands parents lui imposèrent pendant de nombreuses années des leçons de piano, qu'il expédiait avec la complicité de son professeur, afin de ne pas trop amputer le temps de jeu avec ses copains de la rue de Clermont, au bord de l'Oise, à Persan. J'ai conscience que le piano, à ce niveau, ne fait pas "pousser" les doigts, mais c'est plutôt l'absence de travail manuel qui peut les conserver fins.
Aujourd'hui, avec 20 kilos de moins, il n'a plus un gramme de graisse et ses mains se sont affinées au point que chaque doigt peut paraître un tableau anatomique, avec muscles, tendons, et articulations.Prolongés par les ongles manucurés, (puisqu'il n'a pas la capacité de se les couper seul) c'est parfait. Ainsi ses mains sont fines, élégantes, et quelque soit le temps, fraîches. Jamais moites, attachées à un avant-bras très mince qui n'a pas beaucoup travaillé ces derniers temps, sa montre flotte largement à son poignet.
L'élégance d'un chef d'orchestre!
Hier, à table, j'étais obnubilé par ses mains qui fendaient l'espace avec la précision et l'élégance d'un chef d'orchestre dirigeant un adagio... Doucement il préparait ses aliments et, après avoir remis sur sa fourchette à plusieurs reprise la bouchée visée, soit parcequ'elle était trop petite, soit qu'elle était mal positionnée au bout de l'ustensile, il l'enfournait brusquement, manifestement content de la précision de son geste, comme je pouvais en juger par les coups d'oeil brillants qu'il me donnait.
Ainsi il s'amusait, et vous retrouverez ici, son côté cabot que je vous ai déjà décrit. Nous échangions alors peu de mots, mais une grande complicité nous unissait et le repas se passait divinement bien...
Salade de lentilles...
La salade en entrée fut avalée sans qu'il ne reste une seule lentille dans l'assiette, méticuleusement nettoyée avec un morceau de pain. Puis la paupiette de veau, nappée de sauce et accompagnée d'haricots verts très tendres fut très appréciée également.
Alors qu'il repoussait son assiette pour se coucher sur la table, (cela faisait déjà plus d'une heure que nous mangions, et le service, faute de personnel sans doute, ne s'accèlérait toujours pas), je lui demandais s'il était fatigué... Histoire de reconquérir son attention.
-"J'ai pas sommeil, j'attends juste le dessert!" me répondit-il. Et quand celui-ci arriva, il me dit, avec un grand sourire:
-" Le yaourt, j'aime bien. Et, la glace aussi..." Avis aux futurs cuisiniers... Tout çà est bien vrai, car du yaourt il n'est pas resté la moindre trace au fond, et si la salade de fruits frais ne remporta pas un vif succès en raison des morceaux de pomme et d'orange, difficiles à manger, elle nous donna l'occcasion de réviser un peu notre vocabulaire...
La banane, le kiwi, la pomme, sur mon petit carnet tout en longueur, précieux outil de communication...
Même s'il avait l'impression d'avoir découvert les kiwis, le déchiffrage de l'écriture, l'association forme/objet/morceau, faisait de moi le maître et Triton l'élève... Un bon élève, d'ailleurs, et j'était content de contrôler et entretenir ses bons restes, de provoquer ce travail de la main, de solliciter l'aisance, qui, vous vous en doutez bien, n'est pas la qualité la plus développée chez un malade d'Alzheimer.
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14.10.2006
Journal d'Al' : hier, y'a longtemps......
Al' ne doit plus se souvenir de ces bons moments...
Pour sûr, j'avais 10 ans à peine... On habitait au dessus des classes du groupe scolaire Wilson, rue de la paix, au Pecq...
J'étais dans la classe de mon papa, je l'appelais M'sieur et il me donnait la moitié des devoirs à faire, pourvu que j'écrive de la main droite... Il voulait pas contrarier ma gaucherie, mais il aurait aimé que je sois droitier!
Il était entraîneur joueur de foot à l'USP, avec sa classe on faisait de l'Education Physique 3h par semaine...
Il commandait son vin au négociant Maire, Maire négociant de père en fils (Le comble!)... Cà marche toujours!
Dans la cave il mettait le vin en bouteille... Respectueux des règles de l'art, la lune, les bouchons, le siphonage, les étiquettes... Même la cire pour couvrir les bouchons!
J'avais 10 ans et pour la première fois j'étais dans la cave avec les grands!
Une de ces caves, solides, qui avaient servi d'abri pendant la guerre... Deux copains participaient à la cérémonie, ils avaient participé à l'achat du vin...
Le tonnelet de bois, reposait sur un trépied, et il était boûché par un gros bouchon de liège entouré de toile de jute... Triton, en méticuleux oenologue, avait laissé le vin reposer pendant plus d'un mois en attendant la lune propice à la mise en bouteille.
Les bouteilles étaient alignées, tirées d'un "hérisson" qui les protégeait de la poussière. Pour siphoner le vin, Al' introduisait un tuyeau par l'ouverture de la bonde et aspirait pour faire venir le vin jusque dans sa bouche. Là, il bouchait le tuyau, le liquide prêt à jaillir, et, à l'aide d'un entonnoir il remplissait une à une, les bouteilles au sol.
Le niveau se faisait en tirant une gorgée au goulot, et très vite, c'était la panique... De trop, pas assez, de trop, et il fallait encore retirer une gorgée... Chacun à leur tour ils étaient "au niveau", pendant que les autres bouchaient et collaient les étiquettes... Ils riaient de plus en plus fort!
Les bouchons, tout un cérémonial...
Les bouchons en liège bouillaient dans une casserole de vin et d'eau (pas trop de gâchis quand même!)
Un cm de garde sous le bouchon... Boucher les bouteilles était parait-il très important... Un mauvais bouchon pouvait complètement gâcher le vin... Pas assez de garde, le vin pouvait être bouchonné, trop, il tournait... Je n'ai jamais remis en question ces grands principes que papa énonçait solennellement. Cela me paraissait évident... Il faut dire qu'il cumulait l'autorité du père et celle du maître d'école!
A la fin ils trempaient le goulot de la bouteille dans une vieille casserole où la cire fondue était tenue au chaud, et, avec un tour de poignet digne des plus grands sommeliers, ils terminaient l'enrobage du bouchon.
Les étiquettes, enluminées de frises et ornées de grappes de raisin...
Des noms reviennent à ma mémoire... Pouilly fuissé, bourgogne alligoté, Pastougrain, Pinot noir... Je me demandais ce que pouvait vouloir dire fuissé, aligoté, mais en voyant leurs yeux briller en disant ces mots, j'imaginais des qualités surhumaines ou extraterrestres... Les étiquettes un véritable travail à la chaine...Enduire de colle, placer l'étiquette, le médaillon... Au début j'essuyais le surplus de colle avec une éponge humide puis, les années suivantes je plaçais le médaillon frappé du millésime...
Puis ils goûtaient le vin en vidant la dernière bouteille incomplète dans un verre à pied, après l'avoir humé et fait tourner plusieurs minutes...du bout des lèvres après avoir claqué la langue contre le palais ils lâchaient:" Ah, cette robe, ce goût, cette longueur en bouche. il a de la cuisse".. Et moi je les regardais, les yeux écarquillés sans rien y comprendre. Du coup je me vengeais sur le saucisson ou le pâté qui accompagnait ce divin moment.!
Aujourd'hui, en refaisant ces gestes...
Je me surprends à redire les mêmes mots, refaire les mêmes gestes, aussi méticuleux et précis que Triton il y a 50 ans! Je suis à la fois ce garçonnet de 10 ans qui admire les adultes dans un rite païen, et le grand ordinateur de la cérémonie... Je suis Triton ou Vanblack ? Moi ou lui? Moi et lui ? Je crois que je suis rond! Faut dire que j'étais seul pour faire les niveaux, amorcer le siphon, goûter et déguster ...
22:25 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal d'Al'
05.10.2006
Journal d'Al' : Aujourd'hui, on rigole...
Faut rentabiliser l'ascenceur...
Un lundi habituel, j'étais venu prendre le repas avec Triton à la résidence... Comme souvent il s'était inquiété de savoir si nous allions trouver une place pour manger ensemble, puis pour savoir qui allait payer !
Il avait dévoré le sauté de volaille au curry sans souci de la grippe aviaire, et avait hélé fortement la pauvre serveuse pour obtenir une troisième corbeille de pain! Il était en forme, je lui propose donc de monter au deuxième étage par les escaliers, histoire de faire un peu d'exercice... Triton:"Pourquoi, y'a pas d'ascenceur ?"
- "Si bien sûr, mais c'est plus rapide et çà te fera un peu d'exercice...
- Oui mais si des gens ont mis de l'argent pour faire un ascenceur, vaut mieux le prendre...
- D'accord, mais y'a quand même un escalier !
- Oui, mais l'ascenceur est là, profitons en...Et il s'enfile entre deux fauteuils roulants, s'excusant d'écarter légèrement cet obstacle...
"Pardon madame, je peux passer, gentiment, amicalement, tranquillement..."
Comme disent les "d'jeuns", il est trop, avec ses adverbes...
Chez le docteur, 45 euros pour çà, c'est cher!
Comme toujours, chez le neurologue, chez celui-là en tout cas, y'a pas d'attente et on passe à l'heure! Tant mieux, les personnes agées n'aiment pas attendre, on se demande d'ailleurs pourquoi, vu qu'ils ne travaillent plus, n'ont plus les gosses à aller chercher à l'école, et que, souvent seuls, plus personne les attend pour manger...
Une fois tous les 6 mois, Triton rend visite au spécialiste, histoire de faire la révision des 180 (pas milliers de km, non, 180 jours!). Les rendez-vous sont pris d'une visite à l'autre et l'objet de la visite est de contrôler que tout va bien et que l'on peut continuer le traîtement, tout simple, une pilule et une seule, chaque soir.C'est tout.
Au retour, dans la voiture, perplexe à l'idée de revenir de chez le docteur, il me demande:
"- Pourquoi? J'suis malade?
-Non, mais c'est un contrôle...
-Et il m'a donné quoi comme médicaments? me demande Al'.
-Bien manger et bien boire!
-C'est pas difficile comme métier, docteur... Cà coûte combien, la visite?
- 45 euros.
-C'est pas difficile et çà paie bien!"
Et c'est comme çà tout l'temps! Promis, je vais tout noter et vous servirai, de temps en temps un best off, enfin, j'veux dire, un concentré des meilleurs moments!
18:20 Publié dans Journal | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : journal, Alzheimer.











